Une éco-rénovation responsable pour le Lac de Trémelin

Projet réalisé sous la direction de Pierre-Gilles Bellin, en collaboration avec Marine Caro, architecte.

Notre projet se développe en lisière de la forêt de Brocéliande (qui s’indente dans les pâturages et les cultures loin à partir de son centre). Il vise à répondre à plusieurs objectifs : développer la biodiversité ; créer une réserve naturelle intégrale sur une partie du site ; gérer à partir du site la reconquête des chemins creux traditionnels, élément fondamental de notre patrimoine breton ; créer un centre de formation à la permaculture, afin de proposer un modèle autre que l’agro-bussiness ; innover en matière de production solaire et photovoltaïque, créer une vitrine de technologies douces et rentables ; developper les loisirs de pleins air. Tout ceci pour créer de l’emploi avec et non contre la nature, puisque qu’aujourd’hui le site de Trémelin ne produit presque aucune retombée économique.

 

zoning crédit

L’idée générale reste que la nature empêche l’emploi. Nous démontrons le contraire. Comme pour tout aménagement public, il débute par un zonage précis. Pour se décliner en actes, la pensée se prépare en amont.

Au mieux, pense-t-on généralement, on ploiera la nature sous soi, c’est ainsi que naîtront les emplois. Nous partons de la nature du lieu pour le repenser dans son lien avec l’activité de l’homme, mais en ne mettant pas cette activité au centre : au milieu, le lac ; autour, la topographie et les pôles possibles d’activités humaines, entre des espaces protégés intégralement.

Du point de vue financier, il ne s’agit pas d’une utopie : il y a au départ un dossier d’enquêtes qualitatives sur le « marché », ultime concession à ce point de vue, ainsi qu’une expérience d’un projet similaire, celui de la restauration du Zoo de Vincennes, qui a été un échec riche d’enseignements (https://blogs.mediapart.fr/pierre-bellin/blog/300417/droles-d-affaires-de-la-renovation-du-zoo-de-vincennes-confidences-de-linitiateur). Aujourd’hui, je n’ai pas la cruauté de reprendre le coût cumulatif des investissements de la Communauté de communes sur le site depuis l’origine, sans véritable fil directeur : des parkings dimensionnés pour « un dimanche de quinze août », donc quasi-vides le reste du temps, selon les mots du président du Tribunal administratif de Rennes découvrant lors d’un référé les arguments des deux collectivités locales.

Des gens qui connaissaient le site dans les années 1960 me disent sa magie disparue et sa beauté resplendissante. Le « symbole qui donne à penser », comme écrit Paul Ricoeur : voilà comment nous avons conçu ce projet bien concret. Une sorte de poétique de l’espace, avec une élève-architecte aujourd’hui devenue peintre, pour donner à débattre.

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La Bretagne est déficitaire sur le plan énergétique.

Or, le site de Trémelin dispose en abondance d’eau qui coule (quoique de manière intermittente),  de vent et de soleil. En plus de l’énergie particulière au lieu, avec ses forêts et ses zones lacustres, c’est une énergie électrique potentielle, des « gisements », pour reprendre l’expression. En matière d’énergie photovoltaïque, c’est l’espace qui est le gisement… Nous proposions d’installer sur le plan d’eau des capteurs flottants sur un plan circulaire, et de plus petits capteurs le long de berges : cela existe et se fait. Pour la Bretagne, Trémelin devenait lieu d’innovations.

 

 

Gisement énergétique Crédit

 

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Plan global du projet de refondation du site de Trémelin : zone de permaculture là où on voulait mettre un stade olympique (organisée selon la symbolique du Triskel, qui est là aussi un « symbole qui donne à penser ») ; verger conservatoire pour les arbres fruitiers locaux oubliés ; théâtre de plein air pour des festival de printemps et d’été ; zone de création architecturale pour de petits gîtes intégrés dans la nature ; forêt sauvage de protection totale ; « Maison de l’arbre et de la haie » pour promouvoir les produits de la haie, la replantation des haies et la recréation d’un bocage le long d’un réseaux de chemins de randonnées. Telles étaient et sont les propositions.

vue du ciel shémas créditNous avons intitulé cette carte Prends le temps de voir.

Nous avons proposé un nouveau liseré de sentiers de randonnée, partant du lac : là où les sentiers vont et viennent, on récrée des haies traditionnelles.

Il faut le savoir et ne pas prendre position, du moins je le crois, mais cette idée est choquante pour certaines agricultures locales, qui voudraient ouvrir de plus en plus d’openfields. Remettre en vie une haie, c’est un temps de latence avant rendement ; couper un champ d’une haie, c’est une complication immédiate pour les machines, plus grosses et supposant plus d’amortissement. Nous avons intitulé cette carte Prends le temps de marcher. Quelques années après, je l’intitulerai : Ne cumules plus et prends le temps de marcher.

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Nous avons proposé un théâtre devant le lac, en gradins suivant les courbes de niveau, pour des événements exceptionnels : de la musique celtique, un concert de Chopin, du rock, une tragédie antique, que sais-je ?  La population nouvelle fréquentant le lieu appuierait la fréquentation du restaurant et des gîtes : car aujourd’hui les chiffres indiquent que ces activités survivent à grand peine, ou à force de subventions. Je souligne que dans les alentours, des gîtes ne demandent qu’à accueillir un surcroît de tourisme.

D’autres dessins et peintures du site du lac de Trémelin sont visibles sur le site de mon élève (https://marinecaro.com/2016/02/10/dessins-croquis/).

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Nous avons proposé une « Maison de l’arbre et de la haie » qui s’appuierait sur le « Centre d’art contemporain » actuel, où l’on peut voir beaucoup d’expositions véritablement très créatives mais dont la fréquentation pourrait être développée : son nom est « l’Aparté ». Ainsi pourrait-on faire plusieurs « apartés »… Associe sans raser est le nom de cette vue. La « Maison de l’Arbre et de la haie » augmente la fréquentation de l’Aparté.

Une partie de la toiture est végétalisée pour limiter l’impact constructif. L’image pourrait aussi s’intituler : Deviens respectueux. Il est certain que l’impact sur la fréquentation du site grâce à ce projet serait important. « Deviens respectueux » s’adresse tant aux institutions qu’aux visiteurs, qu’à ceux qui tentent d’imaginer un monde viable pour demain (et donc à nous-mêmes).

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la nuit, le lac marine caro

 

La nuit, les installations photovoltaïques flottant sur le lac s’éclairent faiblement, avec des lueurs un peu mouvantes. La grande installation photovoltaïque, circulaire et flottante, avec son léger bleu semble comme un vaisseau prêt à s’envoler vers les étoiles… Au théâtre de verdure, des concerts magiques s’organisent. On vient jusque de Rennes, Saint-Malo et Vannes découvrir une programmation à la hauteur de la sensibilité et de l’intelligence des habitants de ces lieux. Tout s’envole lyriquement, comme un oracle, faisant signe sans que l’on sache exactement de quoi.

Bien sûr, les forces poétives et créatives ont un tempo plus doux, tandis que la politique semble le court terme. Mais ce tempo lent l’emporte toujours. Quant au tempo du très long terme, à qui ou à quoi appartient-il ? Nul doute que c’est à l’art de s’accorder.

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